{"id":964,"date":"2024-03-31T12:00:00","date_gmt":"2024-03-31T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/?p=964"},"modified":"2025-07-07T16:28:41","modified_gmt":"2025-07-07T14:28:41","slug":"le-pika-trouve-refuge-dans-les-coulees-de-lave-americaines","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/le-pika-trouve-refuge-dans-les-coulees-de-lave-americaines\/","title":{"rendered":"Le pika trouve refuge dans les coul\u00e9es de lave am\u00e9ricaines"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:clamp(1.039rem, 1.039rem + ((1vw - 0.2rem) * 0.935), 1.6rem);\">Boule de poil de 150 grammes, le pika d\u2019Am\u00e9rique est une esp\u00e8ce tr\u00e8s sensible au changement climatique. Craignant la chaleur, cet animal montagnard ne cesse d\u2019\u00eatre repouss\u00e9 vers des altitudes toujours plus \u00e9lev\u00e9es, en qu\u00eate de temp\u00e9ratures plus cl\u00e9mentes. Mais depuis les ann\u00e9es 2010, plusieurs \u00e9tudes ont montr\u00e9 la pr\u00e9sence du pika \u00e0 plus basse altitude dans diff\u00e9rentes r\u00e9gions volcaniques de l\u2019ouest am\u00e9ricain : la pr\u00e9sence de coul\u00e9es de lave lui offre un habitat inhabituel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\" id=\"appel_note_1\"><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0);color:#00C200\" class=\"has-inline-color\">M<\/mark><span style=\"font-variant: small-caps;\">algr\u00e9<\/span> les apparences, qui les font passer pour une sorte de grosse souris, les pikas<sup><a href=\"#note_1\">1<\/a><\/sup> ne sont pas des rongeurs. En d\u00e9pit d\u2019oreilles arrondies et de pattes post\u00e9rieures courtes (photo ci-dessous), le genre <em>Ochotona<\/em>, qui regroupe toutes les esp\u00e8ces de pika, appartient en r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 l\u2019ordre des lagomorphes, faisant de lui un proche cousin des li\u00e8vres et des lapins. Les pikas sont d\u2019ailleurs parfois appel\u00e9s \u00ab&nbsp;li\u00e8vres siffleurs&nbsp;\u00bb en raison de leur sifflement strident. Diverses esp\u00e8ces sont r\u00e9parties dans les r\u00e9gions froides d\u2019Asie et d\u2019Am\u00e9rique du Nord. Car les pikas sont consid\u00e9r\u00e9s comme une relique du dernier \u00e2ge glaciaire&nbsp;: expos\u00e9s \u00e0 des temp\u00e9ratures \u00e9lev\u00e9es, ils peuvent mourir en quelques heures. Ce sont donc des animaux essentiellement montagnards. Dans l\u2019Himalaya, <em>Ochotona macrotis<\/em> a \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 \u00e0 des altitudes sup\u00e9rieures \u00e0 6&nbsp;000 m\u00e8tres&nbsp;! Mais c\u2019est \u00e0 une des esp\u00e8ces nord-am\u00e9ricaines que nous allons nous int\u00e9resser ici. <em>Ochotona princeps<\/em>, le pika d\u2019Am\u00e9rique, est r\u00e9parti dans les massifs de l\u2019ouest am\u00e9ricain, depuis la Californie et le Nouveau-Mexique au sud jusqu\u2019aux provinces canadiennes de Colombie-Britannique et de l\u2019Alberta au nord (Sierra Nevada, cha\u00eenes des Cascades, montagnes Rocheuses). Comme ses cousins asiatiques, le pika d\u2019Am\u00e9rique affectionne les sommets\u2026 et les coul\u00e9es de lave&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"960\" height=\"640\" src=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Pika.jpg\" alt=\"Photographie d'un pika d'Am\u00e9rique tenant une plante dans sa bouche.\" class=\"wp-image-993\" srcset=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Pika.jpg 960w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Pika-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Pika-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Pika-600x400.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Un pika d\u2019Am\u00e9rique, ici dans son environnement traditionnel, un pierrier des montagnes Rocheuses canadiennes. Les pikas sont souvent vus en train de transporter des plantes qu\u2019ils stockent pour l\u2019hiver. <a href=\"https:\/\/www.flickr.com\/photos\/bernd_thaller\/50895410402\/\">CC BY Bernd Thaller<\/a>.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Une esp\u00e8ce sentinelle<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Le pika d\u2019Am\u00e9rique est une jolie boule de poil de 150&nbsp;grammes environ. Dans son terrain montagnard \u00ab&nbsp;classique&nbsp;\u00bb, il affectionne les talus d\u2019\u00e9boulis, les pierriers, qui lui offrent de nombreuses cachettes contre les pr\u00e9dateurs (rapaces, lynx, petits mammif\u00e8res carnivores comme les hermines\u2026). C\u2019est un animal diurne, qui n\u2019hiberne pas \u2013 comme il appr\u00e9cie le froid, il n\u2019a pas besoin de se terrer \u00e0 l\u2019abri en hiver. Il mange toutes sortes de v\u00e9g\u00e9taux et, fait int\u00e9ressant, en stocke aussi pour l\u2019hiver&nbsp;: un des marqueurs de la pr\u00e9sence du pika est des tas d\u2019herbe s\u00e8che dans des anfractuosit\u00e9s. Oui, le pika fait les foins&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<p>\u2003La sensibilit\u00e9 du pika aux temp\u00e9ratures en a fait une esp\u00e8ce dite \u00ab&nbsp;sentinelle&nbsp;\u00bb, terme employ\u00e9 par les \u00e9cologues pour d\u00e9signer une esp\u00e8ce qui sert \u00e0 alerter d\u2019un changement environnemental (apparition d\u2019un parasite, d\u2019une pollution, etc.) car elle est la premi\u00e8re \u00e0 en pr\u00e9senter les sympt\u00f4mes. Dans plusieurs parcs am\u00e9ricains, <em>Ochotona princeps<\/em> est donc \u00e9tudi\u00e9 en tant que sentinelle du changement climatique. Son aire de r\u00e9partition se r\u00e9duit \u00e0 mesure que les temp\u00e9ratures augmentent, puisque la qu\u00eate de fra\u00eecheur le pousse vers de plus hautes altitudes. Cela pose aussi un probl\u00e8me en mati\u00e8re de \u00ab&nbsp;connectivit\u00e9&nbsp;\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire que des populations autrefois reli\u00e9es vont se retrouver isol\u00e9es, ce qui est g\u00e9n\u00e9ralement synonyme de plus grande fragilit\u00e9. Ce d\u00e9clin potentiel a conduit des associations \u00e0 demander l\u2019inscription du pika d\u2019Am\u00e9rique sur la liste des esp\u00e8ces menac\u00e9es aupr\u00e8s du Fish and Wildlife Service (USFWS) \u2013 classement refus\u00e9 en 2010. Depuis, les \u00e9tudes scientifiques se multiplient pour tenter de mieux conna\u00eetre la r\u00e9partition de l\u2019esp\u00e8ce et l\u2019\u00e9volution de son habitat. Des biologistes arpentent le terrain et cherchent les indices de sa pr\u00e9sence&nbsp;: des crottes&nbsp;; les fameux tas de foin&nbsp;; les sifflements caract\u00e9ristiques\u2026 Avec parfois des surprises&nbsp;!<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Un habitat lavique inhabituel<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p>Des populations de pikas ont en effet \u00e9t\u00e9 recens\u00e9es dans plusieurs r\u00e9gions de l\u2019ouest am\u00e9ricain qui ne correspondent pas \u00e0 son habitat habituel, \u00e0 des altitudes plus basses synonymes de temp\u00e9ratures plus \u00e9lev\u00e9es. \u00c0 ce jour, au moins quatre zones sont concern\u00e9es&nbsp;:<br>\u2013 Craters of the Moon (Idaho)<br>\u2013 Lava Beds (Californie)<br>\u2013 le monument volcanique de Newberry (Oregon)<br>\u2013 les crat\u00e8res de Mono-Inyo (Californie)<br>Qu\u2019ont donc ces r\u00e9gions en commun&nbsp;? Comme leur nom le laisse supposer, elles sont toutes d\u2019origine volcanique. Il semble que les grands champs de lave qui les constituent procurent aux pikas un habitat propice&nbsp;: leur surface chaotique offre de nombreuses anfractuosit\u00e9s o\u00f9 ils peuvent trouver une relative fra\u00eecheur. Voyons en d\u00e9tail quelques principaux r\u00e9sultats de ces \u00e9tudes.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"960\" height=\"640\" src=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Craters_of_the_Moon.png\" alt=\"Photo d'un champ de lave cord\u00e9e \u00e0 Craters of the Moon (Idaho).\" class=\"wp-image-991\" srcset=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Craters_of_the_Moon.png 960w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Craters_of_the_Moon-300x200.png 300w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Craters_of_the_Moon-768x512.png 768w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Craters_of_the_Moon-600x400.png 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 960px) 100vw, 960px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Lave <\/em>p\u0101hoehoe<em> cord\u00e9e \u00e0 Craters of the Moon (Idaho). Ce type de surface offre un habitat propice aux pikas d\u2019Am\u00e9rique, avec de nombreuses anfractuosit\u00e9s o\u00f9 se prot\u00e9ger de la chaleur. Kensie Stallings (NPS), domaine public.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>\u2003A priori, rien ne pr\u00e9dispose Craters of the Moon \u00e0 h\u00e9berger le pika d\u2019Am\u00e9rique. Cette vaste plaine, o\u00f9 des laves r\u00e9centes couvrent plus de 1&nbsp;000&nbsp;km<sup>2<\/sup>, est situ\u00e9e \u00e0 des altitudes comprises entre 1&nbsp;301 et 1&nbsp;985 m\u00e8tres, ce qui est inf\u00e9rieur \u00e0 la limite basse de l\u2019esp\u00e8ce \u00e0 ces latitudes. De plus, les temp\u00e9ratures maximales y d\u00e9passent fr\u00e9quemment 28&nbsp;\u00b0C en juillet, soit bien plus que le seuil mortel pour le petit lagomorphe (25,5&nbsp;\u00b0C). Et encore ne s\u2019agit-il que de la temp\u00e9rature de l\u2019air\u2026 La surface du roc noir, elle, peut d\u00e9passer 60&nbsp;\u00b0C&nbsp;! Mais sous ce roc, de multiples interstices procurent un habitat bien plus frais. En particulier, l\u2019\u00e9tude de Craters of the Moon a montr\u00e9[1] que la probabilit\u00e9 d\u2019y trouver des pikas \u00e9tait dix fois plus \u00e9lev\u00e9e dans les laves <em>p\u0101hoehoe<\/em> que dans les laves de type <em>\u02bba\u02bb\u0101<\/em> (voir encadr\u00e9 ci-dessous). Cela s\u2019explique par une plus grande complexit\u00e9 de la surface, o\u00f9 de minces couches de lave bris\u00e9es sont superpos\u00e9es et offrent de nombreux puits, fissures, surplombs\u2026 Un v\u00e9ritable r\u00e9seau de grottes \u2013 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle d\u2019un pika \u2013 o\u00f9 la circulation d\u2019air cr\u00e9e des conditions de vie plus fra\u00eeches. Les \u00e9cologues soulignent n\u00e9anmoins que tous les habitats recens\u00e9s sont situ\u00e9s \u00e0 plus de 1&nbsp;600&nbsp;m. Malgr\u00e9 l\u2019abri thermique procur\u00e9 par les coul\u00e9es de lave, cette limite basse pourrait donc remonter en cas d\u2019augmentation des temp\u00e9ratures et alors r\u00e9duire l\u2019aire habitable par l\u2019esp\u00e8ce. Plus r\u00e9cemment, une autre \u00e9tude des pikas de Craters of the Moon s\u2019est attach\u00e9e \u00e0 comparer leur comportement avec celui de pikas d\u2019un habitat alpin \u00ab&nbsp;classique&nbsp;\u00bb de l\u2019esp\u00e8ce, les pierriers de Gray Peaks (Idaho), situ\u00e9s \u00e0 une altitude de 2&nbsp;200\u20132&nbsp;500&nbsp;m\u00e8tres. L\u2019un des principaux r\u00e9sultats[2] est que les pikas de basse altitude, quoique toujours diurnes, ont pendant la p\u00e9riode estivale une activit\u00e9 de surface limit\u00e9e en milieu de journ\u00e9e, sortant essentiellement le matin et le soir. Ils ont \u00e9galement un territoire plus \u00e9tendu, ce qui peut s\u2019expliquer par la raret\u00e9 de la v\u00e9g\u00e9tation sur les coul\u00e9es de lave, qui les oblige \u00e0 se d\u00e9placer davantage pour trouver de la nourriture. L\u2019esp\u00e8ce fait donc preuve d\u2019une certaine capacit\u00e9 d\u2019adaptation dans ce nouveau milieu.<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-group has-border-color has-background has-global-padding is-layout-constrained wp-container-core-group-is-layout-9597dc02 wp-block-group-is-layout-constrained\" style=\"border-color:#636363;border-width:2px;border-radius:10px;background-color:#bcbcbc;padding-top:var(--wp--preset--spacing--10);padding-right:var(--wp--preset--spacing--10);padding-bottom:var(--wp--preset--spacing--10);padding-left:var(--wp--preset--spacing--10)\">\n<h3 class=\"wp-block-heading has-text-align-center\"><strong><em>P\u0101hoehoe<\/em> et <em>\u2018a\u2018\u0101<\/em><\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p><em>P\u0101hoehoe<\/em> et <em>\u02bba\u02bb\u0101<\/em> sont deux des trois termes hawa\u00efens couramment employ\u00e9s dans le jargon volcanologique \u2013 avec <em>k\u012bpuka<\/em> ! Ils d\u00e9signent les deux grandes familles de textures qu\u2019on trouve couramment au sein des coul\u00e9es de lave basaltiques. Pour simplifier, la lave de type <em>p\u0101hoehoe<\/em> est plut\u00f4t lisse, m\u00eame si elle forme de multiples plis et rides (la lave cord\u00e9e par exemple), tandis que la lave <em>\u02bba\u02bb\u0101<\/em> est rugueuse, scoriac\u00e9e, form\u00e9e de blocs anguleux. Il est impropre de parler de \u00ab coul\u00e9e <em>p\u0101hoehoe<\/em> \u00bb ou de \u00ab coul\u00e9e <em>\u02bba\u02bb\u0101<\/em> \u00bb, car les deux types de lave cohabitent fr\u00e9quemment au sein de la m\u00eame unit\u00e9. Une coul\u00e9e peut en effet passer d\u2019une texture \u00e0 l\u2019autre en fonction de param\u00e8tres comme le d\u00e9bit de lave, la pente, etc. Au d\u00e9tour de la litt\u00e9rature, on peut tomber sur des variations r\u00e9gionales de ces termes : la lave <em>\u02bba\u02bb\u0101<\/em> est appel\u00e9e \u00ab cheire \u00bb en Auvergne et \u00ab lave en grattons \u00bb \u00e0 La R\u00e9union.<\/p>\n<\/div>\n\n\n\n<p>\u2003La m\u00e9thode d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 Craters of the Moon a ensuite \u00e9t\u00e9 employ\u00e9e par une \u00e9tude comparative[3] au monument national volcanique de Newberry. Cette zone prot\u00e9g\u00e9e de l\u2019Oregon a la particularit\u00e9 de pr\u00e9senter un volcanisme dit \u00ab&nbsp;bimodal&nbsp;\u00bb, avec \u00e0 la fois de vastes coul\u00e9es basaltiques et une caldeira contenant quelques courtes coul\u00e9es de lave visqueuse (rhyolite), sans magma de composition interm\u00e9diaire. L\u2019\u00e9tude des pikas s\u2019est focalis\u00e9e sur quatre coul\u00e9es basaltiques constituant un environnement relativement similaire \u00e0 sa zone de r\u00e9f\u00e9rence&nbsp;: laves r\u00e9centes (6&nbsp;000 \u00e0 7&nbsp;000 ans)&nbsp;; altitude entre 1&nbsp;210 et 1&nbsp;783&nbsp;m\u00e8tres&nbsp;; temp\u00e9ratures atteignant 38&nbsp;\u00b0C en \u00e9t\u00e9. Bref, en principe pas le paradis pour notre <em>Ochotona princeps<\/em>\u2026 Mais comme en Idaho, ces travaux ont montr\u00e9 l\u2019existence de l\u2019esp\u00e8ce dans ce milieu pourtant loin de ses conditions id\u00e9ales. Un des int\u00e9r\u00eats de cette \u00e9tude est d\u2019avoir plac\u00e9 des capteurs de temp\u00e9rature \u00e0 la fois en surface des coul\u00e9es et \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de crevasses \u00e0 proximit\u00e9 des territoires pika identifi\u00e9s. Ces donn\u00e9es montrent clairement l\u2019abri procur\u00e9 par la lave&nbsp;: \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2011, on passe d\u2019une temp\u00e9rature maximale moyenne de 37,5&nbsp;\u00b0C (surface) \u00e0 21,5&nbsp;\u00b0C (sous-sol). M\u00eame chose \u00e0 l\u2019\u00e9t\u00e9 2012, plus frais, mais o\u00f9 l\u2019on passe tout de m\u00eame de 23,9&nbsp;\u00b0C \u00e0 14,5&nbsp;\u00b0C en se glissant sous la roche. L\u2019histoire se r\u00e9p\u00e8te \u00e0 Lava Beds (Californie), o\u00f9 une \u00e9tude[4] a trouv\u00e9 le pika d\u2019Am\u00e9rique bien loin de son terrain montagneux de pr\u00e9dilection. Ces jeunes coul\u00e9es de lave (800 \u00e0 12&nbsp;800 ans) sont situ\u00e9es \u00e0 des altitudes de 1&nbsp;230\u20131&nbsp;650&nbsp;m seulement et subissent des temp\u00e9ratures sup\u00e9rieures \u00e0 30&nbsp;\u00b0C en juillet. Mais il r\u00e8gne sous leur surface chaotique un microclimat, qui permet au pika de survivre \u00e0 la chaleur ext\u00e9rieure.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"693\" src=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Mono-Inyo-1024x693.jpg\" alt=\"Photographie de Wilson Butte, un des d\u00f4mes de lave de Mono-Inyo (Californie).\" class=\"wp-image-992\" srcset=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Mono-Inyo-1024x693.jpg 1024w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Mono-Inyo-300x203.jpg 300w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Mono-Inyo-768x520.jpg 768w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Mono-Inyo-600x406.jpg 600w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Mono-Inyo.jpg 1181w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Wilson Butte, un des d\u00f4mes de lave de Mono-Inyo, vu depuis Obsidian Flow. Avec leur talus d\u2019\u00e9boulis, ces d\u00f4mes constituent un milieu id\u00e9al pour les pikas. Lee Siebert (Smithsonian Institution), domaine public.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>\u2003Le quatri\u00e8me site \u00e9tudi\u00e9, lui aussi situ\u00e9 en Californie, est un peu diff\u00e9rent. Contrairement \u00e0 ce que leur nom indique, la cha\u00eene des crat\u00e8res de Mono-Inyo est essentiellement constitu\u00e9e de d\u00f4mes et de coul\u00e9es de rhyolite. Beaucoup plus visqueuse que le basalte, la lave rhyolitique peut \u00e9difier des coul\u00e9es tr\u00e8s \u00e9paisses : 75&nbsp;m\u00e8tres en moyenne pour South Coulee, cadre d\u2019une r\u00e9cente campagne de recherche[5]. Ces structures sont g\u00e9n\u00e9ralement bord\u00e9es par des talus d\u2019\u00e9boulis provenant de la chute de blocs de lave refroidie lors de l\u2019\u00e9coulement (photo ci-dessus). En ce sens, elles procurent un environnement beaucoup plus proche des pierriers alpins, au moins sur le plan morphologique. Car sur le plan climatique il s\u2019agit d\u2019une r\u00e9gion relativement chaude, avec plus de 30&nbsp;\u00b0C enregistr\u00e9s en juillet. Mais l\u00e0 encore, les mesures thermiques ont montr\u00e9 que les interstices entre les blocs \u00e9boul\u00e9s procurent des havres de fra\u00eecheur, tandis que les mesures d\u2019activit\u00e9 des pikas montrent qu\u2019elle est r\u00e9duite aux heures les plus chaudes (figure ci-dessous). L\u2019esp\u00e8ce a donc bien su adapter son comportement \u00e0 ce milieu lavique inhabituel. North Coulee, un autre site des crat\u00e8res Mono-Inyo o\u00f9 les relev\u00e9s de terrain successifs montraient qu\u2019il \u00e9tait devenu inhabit\u00e9 depuis une dizaine d\u2019ann\u00e9es, \u00e9tait de nouveau occup\u00e9 en 2021. Cette r\u00e9cente d\u00e9couverte[6] montre que les pikas sont capables de recoloniser des territoires.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large is-resized has-custom-border\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"705\" src=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Pika_graph-1024x705.png\" alt=\"Graphique montrant l'\u00e9volution de la temp\u00e9rature et de l'activit\u00e9 des pikas en fonction de l'heure de la journ\u00e9e. Les deux param\u00e8tres ont une corr\u00e9lation inverse : \u00e0 la mi-journ\u00e9e, quand la temp\u00e9rature monte, l'activit\u00e9 baisse.\" class=\"wp-image-994\" style=\"border-style:none;border-width:0px;width:620px;height:auto\" srcset=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Pika_graph-1024x705.png 1024w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Pika_graph-300x207.png 300w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Pika_graph-768x529.png 768w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Pika_graph-600x413.png 600w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2024\/05\/Pika_graph.png 1396w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Taux d\u2019activit\u00e9 des pikas (en noir) et temp\u00e9rature moyenne (en rouge) en fonction de l\u2019heure de la journ\u00e9e \u00e0 South Coulee, pendant les \u00e9t\u00e9s 2012 et 2013. On note une corr\u00e9lation inverse entre les deux param\u00e8tres.<br>Modifi\u00e9 d\u2019apr\u00e8s Smith et al. (2016).<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>\u2003Au final, ces diff\u00e9rentes \u00e9tudes se veulent plut\u00f4t rassurantes quant \u00e0 l\u2019avenir d\u2019<em>Ochotona princeps<\/em>, et peuvent sembler justifier a posteriori la d\u00e9cision de l\u2019USFWS de ne pas prot\u00e9ger l\u2019esp\u00e8ce\u2026 Si son habitat montagnard se restreint, sa d\u00e9couverte dans des milieux volcaniques de plus basse altitude a en r\u00e9alit\u00e9 \u00e9tendu son aire de r\u00e9partition connue. Il n\u2019emp\u00eache\u00a0: m\u00eame s\u2019il n\u2019est pas menac\u00e9 \u00e0 court terme, le pika d\u2019Am\u00e9rique demeure important pour son r\u00f4le de sentinelle climatique. Son \u00e9volution reste donc scrut\u00e9e de pr\u00e8s par les biologistes, qui continuent d\u2019arpenter montagnes et coul\u00e9es de lave en qu\u00eate de sifflements, de crottes, ou de tas de foin. <mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0);color:#00c200\" class=\"has-inline-color\">\u25a0<\/mark><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Article issu de <a href=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/produit\/kipuka-5\/\">k\u012bpuka #5<\/a>, texte diffus\u00e9 sous licence <a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/deed.fr\">CC BY-NC-ND<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong>Notes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\" id=\"note_1\"><sup><a href=\"#appel_note_1\">1<\/a><\/sup> Contrairement \u00e0 ce que son nom peut laisser croire, le c\u00e9l\u00e8bre personnage Pikachu n\u2019est pas bas\u00e9 sur un pika. Sa cr\u00e9atrice, Atsuko Nishida, affirme qu\u2019elle s\u2019est plut\u00f4t inspir\u00e9e d\u2019un \u00e9cureuil. En japonais, <em>pika<\/em> est l\u2019onomatop\u00e9e associ\u00e9e \u00e0 une \u00e9tincelle \u00e9lectrique, ce qui correspond au pouvoir du pok\u00e9mon mais a pu entretenir la confusion.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[1] Rodhouse TJ, Beever EA, Garrett LK, Irvine KM, Jeffress MR, Munts M, Ray C, 2010. Distribution of American pikas in a low-elevation lava landscape: conservation implications from the range periphery. <em>J Mammal<\/em> 91, doi:10.1644\/09-MAMM-A-334.1<br><br>[2] Camp MJ, Shipley LA, Varner J, Waterhouse BD, 2020. Activity Patterns and Foraging Behavior of American Pikas (Ochotona princeps) Differ between Craters of the Moon and Alpine Talus in Idaho. <em>West N Am Nat<\/em> 80, doi:10.3398\/064.080.0106<br><br>[3] Shinderman M, 2015. American pika in a low\u2010elevation lava landscape: expanding the known distribution of a temperature\u2010sensitive species.<em> Ecol Evol<\/em> 5, doi:10.1002\/ece3.1626<br><br>[4] Ray C, Beever EA, Rodhouse TJ, 2016. Distribution of a climate\u2010sensitive species at an interior range margin. <em>Ecosphere<\/em> 7, doi:10.1002\/ecs2.1379<br><br>[5] Smith A, Nagy J, Millar C, 2016. Behavioral ecology of American pikas (Ochotona princeps) at Mono Craters, California: living on the edge. <em>West N Am Nat<\/em> 76, doi:10.3398\/064.076.0408<br><br>[6] Millar CI, Smith AT, 2022. Return of the pika: American pikas re\u2010occupy long\u2010extirpated, warm locations. <em>Ecol Evol<\/em> 12, doi:10.1002\/ece3.9295<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Boule de poil de 150 grammes, le pika d\u2019Am\u00e9rique est un animal montagnard qui craint la chaleur. 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