{"id":2302,"date":"2026-03-31T12:00:00","date_gmt":"2026-03-31T10:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/?p=2302"},"modified":"2026-08-11T17:34:26","modified_gmt":"2026-08-11T15:34:26","slug":"les-volcans-hawaiens-vus-par-la-volcano-school","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/les-volcans-hawaiens-vus-par-la-volcano-school\/","title":{"rendered":"Les volcans hawa\u00efens vus par la Volcano School"},"content":{"rendered":"\n<p class=\"wp-block-paragraph\" style=\"font-size:clamp(1.039rem, 1.039rem + ((1vw - 0.2rem) * 0.935), 1.6rem);\">Voil\u00e0 plus d\u2019un an que nous nous \u00e9merveillons devant l\u2019\u00e9ruption du K\u012blauea. Le volcan hawa\u00efen donne un grand spectacle, avec des fontaines de lave d\u00e9passant r\u00e9guli\u00e8rement les 300&nbsp;m\u00e8tres de haut&nbsp;! Au <span style=\"font-variant: small-caps;\">xix<\/span><sup>e<\/sup> si\u00e8cle d\u00e9j\u00e0, les voyageurs s\u2019extasiaient devant l\u2019activit\u00e9 du volcan. Et parmi eux plusieurs artistes, qui ont immortalis\u00e9 les col\u00e8res de Pele et que l\u2019on regroupe aujourd\u2019hui dans la Volcano School.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap wp-block-paragraph\"><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0);color:#800000\" class=\"has-inline-color\">E<\/mark><span style=\"font-variant: small-caps;\">n mati\u00e8re d\u2019art<\/span>, le terme \u00ab&nbsp;\u00e9cole&nbsp;\u00bb a des contours assez fluctuants. Selon le dictionnaire, il peut \u00eatre d\u00e9fini comme \u00ab&nbsp;une classe d\u2019artistes qui travaillent ou qui ont travaill\u00e9 selon les principes, \u00e0 l\u2019imitation d\u2019un m\u00eame ma\u00eetre, ou suivant les habitudes propres \u00e0 certaines \u00e9poques de l\u2019art, \u00e0 certains lieux&nbsp;\u00bb. En l\u2019occurrence, c\u2019est une unit\u00e9 de temps et de lieu qui regroupe les diff\u00e9rents pensionnaires de la Volcano School, qui viennent par ailleurs d\u2019horizons et de styles tr\u00e8s divers. D\u2019apr\u00e8s le National Park Service am\u00e9ricain[1], cette \u00e9cole \u00e9tait \u00ab&nbsp;une g\u00e9n\u00e9ration de peintres, principalement non Hawa\u00efens natifs, qui repr\u00e9sent\u00e8rent les volcans des \u00eeles Hawa\u00ef de mani\u00e8re dramatique et morose \u00e0 la fin du <span style=\"font-variant: small-caps;\">xix<\/span><sup>e<\/sup> si\u00e8cle&nbsp;\u00bb (elle d\u00e9borde en r\u00e9alit\u00e9 sur le d\u00e9but du <span style=\"font-variant: small-caps;\">xx<\/span><sup>e<\/sup> si\u00e8cle). Notons l\u2019emploi de \u00ab&nbsp;volcans&nbsp;\u00bb au pluriel, car m\u00eame si la star incontestable de ces artistes fut le K\u012blauea, son voisin le Mauna Loa fit aussi l\u2019objet de plusieurs tableaux, d\u2019autant qu\u2019il \u00e9tait assez actif durant la p\u00e9riode consid\u00e9r\u00e9e. Sans oublier quelques volcans assoupis de l\u2019archipel.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2003Cet article n\u2019a pas pour ambition de retracer l\u2019histoire de cette \u00e9cole des volcans, \u00e0 laquelle un ouvrage entier pourrait sans doute \u00eatre consacr\u00e9. Dans les pages qui suivent, nous allons simplement pr\u00e9senter cinq \u0153uvres, de cinq artistes diff\u00e9rents, qui illustrent chacune \u00e0 leur mani\u00e8re les turpitudes des volcans. Nous \u00e9voquerons bri\u00e8vement les destins de leur concepteur, qui pr\u00e9sentent souvent des aspects remarquables. Ainsi, il est int\u00e9ressant de constater que trois des cinq artistes pr\u00e9sent\u00e9s ici, n\u00e9s bien loin de Hawa\u00ef, y sont morts\u2026 Jules Tavernier (Fran\u00e7ais), Ernest William Christmas (Australien), et Charles Furneaux (Am\u00e9ricain natif de Boston), ont tous fini leurs jours dans l\u2019archipel. Faut-il y voir le puissant effet d\u2019attraction exerc\u00e9 par les volcans sur ces peintres\u00a0?<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u2003De nombreuses \u0153uvres de la Volcano School sont aujourd\u2019hui expos\u00e9es dans les mus\u00e9es hawa\u00efens, o\u00f9 elles font le bonheur des visiteurs. Mais leur m\u00e9rite n\u2019est pas seulement artistique. En repr\u00e9sentant tr\u00e8s fid\u00e8lement certains ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9ruptifs, ils contribuent \u00e0 notre connaissance scientifique des volcans hawa\u00efens.<\/p>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Jules Tavernier (1844\u20131889)<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Le plus fameux repr\u00e9sentant de la Volcano School est fran\u00e7ais&nbsp;! Il quitta le Vieux Continent en 1871 pour ne plus y retourner. Il commen\u00e7a par traverser les \u00c9tats-Unis d\u2019est en ouest, peignant les paysages mais aussi de nombreuses sc\u00e8nes de la vie des peuples autochtones, avant de s\u2019\u00e9tablir en Californie. Sa carri\u00e8re am\u00e9ricaine fut bien trop prolifique pour \u00eatre retrac\u00e9e dans ces quelques lignes. Une anecdote cependant&nbsp;: il peignit les volcans hawa\u00efens avant m\u00eame d\u2019y mettre les pieds&nbsp;! En effet, alors qu\u2019il vivait \u00e0 San Francisco, il repr\u00e9senta sur commande le lac de lave du K\u012blauea d\u2019apr\u00e8s photographies. Ces \u00e9tudes volcaniques l\u2019attir\u00e8rent vers le site, o\u00f9 il arriva au d\u00e9but de 1885 \u2013 on trouve sa signature le 12 janvier dans les registres de la Volcano House (<strong>k\u012bpuka<\/strong> #7, p.&nbsp;20). Fascin\u00e9 par le volcan, Jules Tavernier lui consacra le reste de sa courte vie. L\u2019artiste fran\u00e7ais r\u00e9alisa d\u2019innombrables variations autour du lac de lave du crat\u00e8re Halema\u02bbuma\u02bbu, dans la caldeira du K\u012blauea, comme celle pr\u00e9sent\u00e9e ci-dessous. Dans ces sc\u00e8nes de nuit d\u2019inspiration romantique, la lave est toujours encadr\u00e9e par les m\u00eames formations rocheuses ac\u00e9r\u00e9es. La Lune est parfois visible, parfois masqu\u00e9e par les nuages&nbsp;; la petite projection lavique qui fend la cro\u00fbte est situ\u00e9e tant\u00f4t \u00e0 droite, tant\u00f4t \u00e0 gauche\u2026 Mais Tavernier r\u00e9p\u00e9ta inlassablement cette sc\u00e8ne, tel les peintres du V\u00e9suve, les personnages en moins[2]. Des tableaux qui atteignent aujourd\u2019hui all\u00e8grement des sommes \u00e0 cinq chiffres&nbsp;! Si le peintre est peu connu chez nous, il a toujours la cote outre-Atlantique.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"718\" src=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Tavernier-1024x718.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2323\" srcset=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Tavernier-1024x718.jpg 1024w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Tavernier-300x210.jpg 300w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Tavernier-768x538.jpg 768w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Tavernier-600x420.jpg 600w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Tavernier.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">K\u012blauea at night<em> (1887), par Jules Tavernier. Plusieurs collections publiques et priv\u00e9es poss\u00e8dent des variations de cette sc\u00e8ne nocturne, peut-\u00eatre la plus embl\u00e9matique de la Volcano School.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Constance Gordon-Cumming (1837\u20131924)<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Seule femme de cette \u00e9cole, l\u2019\u00c9cossaise Constance Gordon-Cumming en est aussi une pionni\u00e8re, dessinant le K\u012blauea d\u00e8s 1879. Avant d\u2019arriver \u00e0 Hawa\u00ef, cette voyageuse intr\u00e9pide avait d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9 pr\u00e8s de 12\u00a0ans \u00e0 parcourir le monde\u00a0! Himalaya, Ceylan, Chine, Nouvelle-Z\u00e9lande, Fidji\u2026 Un p\u00e9riple au long cours dont elle tira de nombreuses aquarelles, qui servirent ensuite de mod\u00e8les pour les gravures illustrant ses r\u00e9cits de voyage. Celui consacr\u00e9 \u00e0 Hawa\u00ef, <em>Fire Fountains<\/em>, contient des descriptions qui montrent toute l\u2019acuit\u00e9 de son regard, sur les diff\u00e9rents types de lave par exemple. Quant \u00e0 l\u2019illustration des \u00ab\u00a0fontaines\u00a0\u00bb ayant donn\u00e9 leur nom \u00e0 l\u2019ouvrage (qui ressemblent davantage \u00e0 des <em>hornitos<\/em> d\u2019ailleurs), elle est pass\u00e9e \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9. Pour changer un peu, nous vous pr\u00e9sentons ici une image plus rare, qui montre que la Volcano School ne s\u2019est pas int\u00e9ress\u00e9e qu\u2019aux volcans en \u00e9ruption. Dans cette vue, Gordon-Cumming repr\u00e9sente la vaste d\u00e9pression qui occupe le sommet du volcan Haleakal\u0101, sur l\u2019\u00eele de Maui, et les nombreux c\u00f4nes qui la constellent. La douce silhouette de bouclier du Mauna Loa est visible en bleu au fond. En bonne \u00e9crivaine voyageuse, Constance Gordon-Cumming pars\u00e8me son aquarelle d\u2019annotations. On peut notamment y d\u00e9chiffrer les dimensions des diff\u00e9rentes structures, sans oublier la date de la sc\u00e8ne \u2013 18 novembre 1879. Elle se trompe toutefois sur la nature de cette d\u00e9pression, qu\u2019elle qualifie de \u00ab\u00a0plus grand crat\u00e8re du monde\u00a0\u00bb, mais qui n\u2019est en r\u00e9alit\u00e9 pas d\u2019origine volcanique. \u00c0 sa d\u00e9charge, il faut admettre que les connaissances g\u00e9ologiques \u00e9taient alors balbutiantes\u2026<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"706\" src=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Gordon_Cumming-1024x706.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2320\" srcset=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Gordon_Cumming-1024x706.jpg 1024w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Gordon_Cumming-300x207.jpg 300w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Gordon_Cumming-768x529.jpg 768w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Gordon_Cumming-600x413.jpg 600w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Gordon_Cumming.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Haleakala, Isle Maui, Hawaii<em> (1879), par Constance Gordon-Cumming. Pas de lave en fusion dans cette grande aquarelle (70,6 \u00d7 47,8&nbsp;cm), ce qui tranche un peu avec les travaux habituellement rattach\u00e9s \u00e0 la Volcano School\u2026<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Charles Furneaux (1835\u20131913)<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Figure de la Volcano School, Charles Furneaux fut parmi les premiers artistes \u00e0 peindre les volcans hawa\u00efens. Peu apr\u00e8s son arriv\u00e9e dans l\u2019archipel en 1880, il fut notamment t\u00e9moin de la grande \u00e9ruption du Mauna Loa en 1880\u20131881. Au cours de cette \u00e9ruption, la lave parcourut pas moins de 47&nbsp;km, s\u2019arr\u00eatant \u00e0 moins de deux kilom\u00e8tres de la ville de Hilo&nbsp;! D\u2019apr\u00e8s l\u2019histoire locale, la princesse Ke\u2018elik\u014dlani fit des offrandes au pied d\u2019un bras de la coul\u00e9e et pria la d\u00e9esse Pele, suite \u00e0 quoi la progression de la lave s\u2019arr\u00eata\u2026 Furneaux devint d\u2019ailleurs rapide ment proche de la famille royale hawa\u00efenne, qui lui passa des commandes de toiles. L\u2019\u0153uvre ci-dessous repr\u00e9sente une des coul\u00e9es de lave du Mauna Loa en 1881 qui cascade depuis une petite falaise dans un point d\u2019eau, vaporisant son contenu. Charles Furneaux assista \u00e0 cette sc\u00e8ne en compagnie du photographe Menzies Dickson, qui immortalisa ce moment. Le tableau reproduit trait pour trait la photo, la couleur en plus\u2026 La toile ou la photo ont sans doute servi de mod\u00e8le \u00e0 Jules Tavernier, qui n\u2019\u00e9tait pas encore arriv\u00e9 \u00e0 Hawa\u00ef lors de cette \u00e9ruption, mais a pourtant r\u00e9alis\u00e9 une vue tr\u00e8s similaire, jusqu\u2019au rocher inclin\u00e9 en forme de cercueil au premier plan&nbsp;! Cela montre qu\u2019au-del\u00e0 d\u2019un th\u00e8me commun, les diff\u00e9rents membres de la Volcano School ont pu avoir une influence les uns sur les autres. Certains tableaux du lac de lave du K\u012blauea par Furneaux ont \u00e9galement une composition tr\u00e8s proche de celui de Tavernier pr\u00e9sent\u00e9 ci-dessus, sans que l\u2019on puisse dire qui a imit\u00e9 qui.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"732\" src=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Furneaux-1024x732.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2319\" srcset=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Furneaux-1024x732.jpg 1024w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Furneaux-300x214.jpg 300w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Furneaux-768x549.jpg 768w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Furneaux-600x429.jpg 600w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Furneaux.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">River of Lava Issuing from Mauna Loa<em> (1881), par Charles Furneaux. <a href=\"https:\/\/russellcotes.com\/collection-piece\/river-of-lava-issuing-from-mauna-loa-hawaii\/\">Russell-Cotes Art Gallery and Museum<\/a>.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>David Howard Hitchcock (1861\u20131943)<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">C\u2019est le seul local de cette liste, puisque David Howard Hitchcock est n\u00e9 \u00e0 Hilo, la principale ville de Big Island, situ\u00e9e \u00e0 port\u00e9e de t\u00e9phras des volcans actifs. Mais il a tout de m\u00eame voyag\u00e9, faisant ses \u00e9tudes artistiques\u2026 \u00e0 Paris\u00a0! Ce serait d\u2019ailleurs Jules Tavernier qui, ayant vu les dessins du jeune Hitchcock, l\u2019aurait encourag\u00e9 \u00e0 poursuivre dans cette voie. De retour dans son archipel en 1893, le peintre hawa\u00efen a pass\u00e9 le reste de sa vie \u00e0 en peindre les paysages. On lui doit notamment de nombreuses sc\u00e8nes littorales, o\u00f9 de paisibles flots bleus viennent s\u2019\u00e9chouer sur le sable blanc, entre palmiers et cano\u00ebs\u2026 La tranquillit\u00e9 de ces tableaux tranche avec le caract\u00e8re imp\u00e9tueux de ses paysages volcaniques, tandis que la palette de couleurs passe aux tons noirs et rouges. Dans son \u0153uvre, Hitchcock a fait preuve d\u2019un v\u00e9ritable souci du d\u00e9tail, ce qui se r\u00e9v\u00e8le bien utile pour les scientifiques d\u2019aujourd\u2019hui\u00a0! Pour les g\u00e9ologues am\u00e9ricains, les tableaux de la Volcano School constituent un bon compl\u00e9ment aux sources textuelles pour reconstituer l\u2019activit\u00e9 \u00e9ruptive hawa\u00efenne[3], les photographies d\u2019\u00e9poque (en noir et blanc) \u00e9tant rares. Dans la toile ci-dessous, l\u2019artiste a repr\u00e9sent\u00e9 un lac de lave \u00ab\u00a0perch\u00e9\u00a0\u00bb au K\u012blauea, un ph\u00e9nom\u00e8ne qui se produit lorsque des d\u00e9bordements finissent par construire des lev\u00e9es (k\u012bpuka #1, p.\u00a06). Ces lacs peuvent d\u00e9border \u00e0 leur tour, comme en t\u00e9moigne le beau lobe de lave qui s\u2019en \u00e9chappe. La composition montre \u00e9galement la structure embo\u00eet\u00e9e du volcan, avec d\u2019abord le mur du crat\u00e8re Halema\u02bbuma\u02bbu, puis celui de la caldeira, tandis qu\u2019au fond tr\u00f4ne le Mauna Loa enneig\u00e9. L\u2019\u00e9ruption de ce dernier en 1896, avec des fontaines de lave dans la caldeira Moku\u02bb\u0101weoweo, a d\u2019ailleurs donn\u00e9 lieu \u00e0 un autre superbe tableau de Hitchcock. Le peintre a tent\u00e9 d\u2019agrandir ce que l\u2019on n\u2019appelait pas encore la Volcano School\u00a0: dans une lettre au journal <em>Art and Progress<\/em>, il plaide pour l\u2019\u00e9tablissement d\u2019artistes dans l\u2019archipel, qui offrirait \u00ab\u00a0un vaste domaine pratiquement inexplor\u00e9\u00a0\u00bb. Il ne doit pas avoir fait beaucoup d\u2019\u00e9mules, car le K\u012blauea semble dispara\u00eetre de la peinture dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du <span style=\"font-variant: small-caps;\">xx<\/span><sup>e<\/sup> si\u00e8cle\u2026 Peut-\u00eatre \u00e0 cause d\u2019une baisse d\u2019activit\u00e9 du volcan, qui connut m\u00eame une longue pause entre 1934 et 1952.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"561\" src=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Hitchcock-1024x561.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2321\" srcset=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Hitchcock-1024x561.jpg 1024w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Hitchcock-300x164.jpg 300w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Hitchcock-768x421.jpg 768w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Hitchcock-600x329.jpg 600w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Hitchcock.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Tableau au titre inconnu repr\u00e9sentant un lac de lave perch\u00e9 (1894), par David Howard Hitchcock. NPS, HAVO 452.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\"><strong>Ernest William Christmas (1863\u20131918)<\/strong><\/h3>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ernest William Christmas est n\u00e9 en Australie, dans la r\u00e9gion d\u2019Ad\u00e9la\u00efde. \u00c0 l\u2019instar de Constance Gordon-Cumming, il a beaucoup voyag\u00e9. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1900, il s\u2019installe d\u2019abord en Europe, part ensuite en Nouvelle-Z\u00e9lande, puis parcourt l\u2019Argentine, le Chili\u2026 Avant d\u2019arriver \u00e0 Hawa\u00ef en 1916, Christmas \u00e9tait donc d\u00e9j\u00e0 familier des volcans&nbsp;; dans ses paysages, on trouve quelques \u00e9difices n\u00e9o-z\u00e9landais (Taranaki) ou andins (Lan\u00edn). N\u00e9anmoins, rien de commun entre ces monts assoupis coiff\u00e9s de neige et la fournaise rougeoyante du K\u012blauea. Pour Christmas, \u00e0 l\u2019origine, Hawa\u00ef ne devait \u00eatre qu\u2019une escale dans son trajet de retour entre le continent am\u00e9ricain et l\u2019Australie. Mais comme tant d\u2019autres, il fut happ\u00e9 par les paysages volcaniques et ne revit finalement jamais sa terre natale, rattrap\u00e9 par une sant\u00e9 chancelante. Avant de mourir, il passa tout de m\u00eame plus de deux ann\u00e9es dans l\u2019archipel, o\u00f9 il put s\u2019adonner \u00e0 son art. On lui doit par exemple cette saisissante vue du lac de lave du K\u012blauea, avec ses fractures en zigzag caract\u00e9ristiques qui percent la cro\u00fbte solidifi\u00e9e. Les personnages sont assez rares dans les \u0153uvres de la Volcano School, comme si l\u2019humain \u00e9tait n\u00e9gligeable devant le puissant spectacle de la nature\u2026 Mais comme Constance Gordon-Cumming, Ernest William Christmas a plac\u00e9 deux figures au premier plan. Le contexte est cependant bien diff\u00e9rent, puisqu\u2019il ne s\u2019agit pas de contempler le panorama d\u2019un volcan endormi, mais la furie d\u2019un chaudron de lave bouillonnant&nbsp;! La diff\u00e9rence peut d\u2019ailleurs se lire dans l\u2019attitude des personnages, seuls ceux du Haleakal\u0101 \u00e9tant tranquillement assis\u2026 <mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0);color:#800000\" class=\"has-inline-color\">\u25a0<\/mark><\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"682\" src=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Christmas-1024x682.jpg\" alt=\"\" class=\"wp-image-2318\" srcset=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Christmas-1024x682.jpg 1024w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Christmas-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Christmas-768x512.jpg 768w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Christmas-600x400.jpg 600w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2026\/08\/VS_Christmas.jpg 1280w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">La caldeira du K\u012blauea<em> (entre 1916 et 1918), par Ernest William Christmas. Hospitalis\u00e9 pour des probl\u00e8mes cardiaques peu apr\u00e8s son arriv\u00e9e \u00e0 Hawa\u00ef, l\u2019artiste se savait-il condamn\u00e9 ? En tous cas, sa toile exprime une ambiance de fin du monde\u2026<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\">Article issu de <a href=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/produit\/kipuka-13\" data-type=\"link\" data-id=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/produit\/kipuka-2\">k\u012bpuka #13<\/a>, texte diffus\u00e9 sous licence <a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/deed.fr\">CC BY-NC-ND<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\"><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size wp-block-paragraph\">[1] Hawai\u02bbi Volcanoes National Park (U.S. National Park Service) [consult\u00e9 le 26 f\u00e9vrier 2026]. The Volcano School. <a href=\"https:\/\/www.nps.gov\/havo\/learn\/historyculture\/the-volcano-school.htm\">https:\/\/www.nps.gov\/havo\/learn\/historyculture\/the-volcano-school.htm<\/a><br><br>[2] Decobecq D, 2016. Jules Tavernier le peintre du Kilauea. <em>LAVE : revue de l\u2019Association volcanologique europ\u00e9enne<\/em> 182.<br><br>[3] Gaddis B, Kauahikaua J, 2018. Volcano Art at Hawai`i Volcanoes National Park\u2014A Science Perspective. US Geological Survey Open-File Report 2018\u20131027, doi:10.3133\/ofr20181027<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Volcano School regroupe une g\u00e9n\u00e9ration de peintres qui repr\u00e9sent\u00e8rent les volcans des \u00eeles Hawa\u00ef, en particulier des \u00e9ruptions du Mauna Loa et du K\u012blauea, \u00e0 la fin du dix-neuvi\u00e8me si\u00e8cle. 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