{"id":1350,"date":"2024-03-20T12:00:00","date_gmt":"2024-03-20T11:00:00","guid":{"rendered":"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/?p=1350"},"modified":"2026-03-10T15:21:53","modified_gmt":"2026-03-10T14:21:53","slug":"les-monts-fuji-de-tamako-kataoka","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/les-monts-fuji-de-tamako-kataoka\/","title":{"rendered":"Les monts Fuji de Tamako Kataoka"},"content":{"rendered":"\n<p style=\"font-size:clamp(1.039rem, 1.039rem + ((1vw - 0.2rem) * 0.935), 1.6rem);\">Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre pench\u00e9e sur deux peintres am\u00e9ricains et un <a href=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/white-terraces-de-charles-blomfield\/\">peintre anglais<\/a>, cette rubrique d\u00e9laisse enfin le monde anglo-saxon pour d\u00e9couvrir des repr\u00e9sentations de paysages volcaniques produites par d\u2019autres cultures. Apr\u00e8s tout, les volcans sont majoritairement situ\u00e9s dans le monde non-occidental, et les diff\u00e9rents peuples qui les c\u00f4toient depuis des mill\u00e9naires n\u2019ont pas manqu\u00e9 de les figurer dans leur art. Partons donc au Japon pour nous int\u00e9resser \u00e0 quelques vues du mont Fuji par l\u2019artiste Tamako Kataoka.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\" id=\"appel_note_1\"><mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0);color:#800000\" class=\"has-inline-color\">A<\/mark><span style=\"font-variant: small-caps;\">pr\u00e8s<\/span> deux si\u00e8cles de <em>sakoku<\/em>, isolement volontaire de l\u2019archipel pour contrer les vell\u00e9it\u00e9s occidentales de colonisation et de christianisation, le Japon se rouvre au monde dans la deuxi\u00e8me moiti\u00e9 du <span style=\"font-variant: small-caps;\">xix<\/span><sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle. Cette ouverture se traduit dans tous les domaines de la soci\u00e9t\u00e9 japonaise, dont les arts graphiques. Le mouvement <em>y\u014dga<\/em>, litt\u00e9ralement \u00ab peinture occidentale \u00bb, prend alors son essor dans l\u2019archipel. (Cette ouverture n\u2019est pas \u00e0 sens unique : \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, l\u2019Europe d\u00e9couvre l\u2019art nippon ; le japonisme va durablement influencer le Vieux Continent.) De nombreux artistes du Japon s\u2019emparent des techniques de la peinture \u00e0 l\u2019huile occidentale, et sont m\u00eame pouss\u00e9s en ce sens par le gouvernement, soucieux de pas donner une image primitive du pays \u00e0 l\u2019international (par exemple lors de l\u2019Exposition universelle de Vienne en 1873). Les autorit\u00e9s vont m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 faire venir trois artistes italiens[1] pour enseigner leur savoir dans la Technical Art School, fond\u00e9e \u00e0 Tokyo en 1876.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1004\" height=\"725\" src=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Kataoka_blue.jpg\" alt=\"Tableau de Tamako Kataoka repr\u00e9sentant un mont Fuji bleu.\" class=\"wp-image-1490\" srcset=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Kataoka_blue.jpg 1004w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Kataoka_blue-300x217.jpg 300w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Kataoka_blue-768x555.jpg 768w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Kataoka_blue-600x433.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1004px) 100vw, 1004px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Un Fuji bleu peint par Tamako Kataoka. Le volcan et le lac Ashi sont vus depuis le Taikanzan, mont nomm\u00e9 d\u2019apr\u00e8s Yokoyama Taikan, un des pionniers du mouvement <\/em>nihonga<em>, qui peignit souvent le mont Fuji depuis ce point de vue.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le <em>nihonga<\/em><\/h3>\n\n\n\n<p>Mais tous les artistes japonais ne se convertissent pas au <em>y\u014dga<\/em>, loin de l\u00e0. Certains restent fid\u00e8les aux techniques ancestrales \u2013 m\u00eame s\u2019ils int\u00e8grent des \u00e9l\u00e9ments issus de la peinture occidentale comme les ombres. Leur mouvement sera baptis\u00e9 <em>nihonga<\/em>, terme qui signifie litt\u00e9ralement \u00ab peinture japonaise \u00bb, mais prend g\u00e9n\u00e9ralement le sens de \u00ab peinture traditionnelle \u00bb. Cette dualit\u00e9 <em>y\u014dga\u2013nihonga<\/em> persiste encore de nos jours. Bien s\u00fbr ce ne sont pas des compartiments herm\u00e9tiques, et la peinture <em>nihonga<\/em> n\u2019a jamais cess\u00e9 d\u2019\u00eatre influenc\u00e9e par les diff\u00e9rents mouvements artistiques mondiaux ayant \u00e9clos pendant son si\u00e8cle et demi d\u2019existence. En r\u00e9alit\u00e9, le <em>nihonga<\/em> n\u2019est pas tant un mouvement pictural ; il se d\u00e9finit avant tout par la technique, tr\u00e8s diff\u00e9rente de la peinture \u00e0 l\u2019huile employ\u00e9e dans l\u2019art occidental et le <em>y\u014dga<\/em>. Les couleurs sont obtenues en collant des pigments (poudre) au support \u00e0 l\u2019aide de divers types de pinceaux[2]. La colle (<em>nikawa<\/em>) est une g\u00e9latine d\u2019origine animale ; quant aux pigments, la plupart sont issus de min\u00e9raux broy\u00e9s. L\u2019azurite et la malachite, deux carbonates de cuivre, donnent respectivement le bleu et le vert, tandis que le cinabre (sulfure de mercure) donne le rouge, et la goethite le jaune ocre. Le blanc est du carbonate de calcium obtenu par broyage de coquilles d\u2019hu\u00eetres. Des substances animales et v\u00e9g\u00e9tales compl\u00e8tent le nuancier, comme le rose, issu de coraux, ou le pourpre extrait des racines de gr\u00e9mil (<em>Lithospermum erythrorhizon<\/em>). L\u2019encre noire est omnipr\u00e9sente \u2013 certaines \u0153uvres monochromes n\u2019utilisent qu\u2019elle. Enfin, une des particularit\u00e9s du mouvement <em>nihonga<\/em> est l\u2019utilisation de feuilles d\u2019argent et d\u2019or, notamment pour rehausser certains contours. Tous ces mat\u00e9riaux sont donc coll\u00e9s sur un support fait de papier ou de soie. Les diff\u00e9rents pigments ne sont pas m\u00e9lang\u00e9s, la palette pr\u00e9sente donc peu de couleurs diff\u00e9rentes. Voil\u00e0 pour un bref aper\u00e7u de la technique (pour une version plus d\u00e9taill\u00e9e de l\u2019histoire du mouvement <em>nihonga<\/em>, les lecteurs et lectrices anglophones pourront se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 l\u2019ouvrage de Chelsea Foxwell ; en fran\u00e7ais, celui de Yiching Chen[3] constitue une bonne introduction). Voyons maintenant l\u2019artiste, Tamako Kataoka, puis le sujet, le mont Fuji, avant d\u2019admirer comment l\u2019une s\u2019est empar\u00e9e de l\u2019autre.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-full\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1004\" height=\"803\" src=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Kataoka_red.jpg\" alt=\"Tableau de Tamako Kataoka repr\u00e9sentant un mont Fuji rouge.\" class=\"wp-image-1489\" srcset=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Kataoka_red.jpg 1004w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Kataoka_red-300x240.jpg 300w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Kataoka_red-768x614.jpg 768w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Kataoka_red-600x480.jpg 600w\" sizes=\"auto, (max-width: 1004px) 100vw, 1004px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Feuille d\u2019or, motifs floraux, neige en pointill\u00e9s, contours marqu\u00e9s\u2026 sont quelques-unes des caract\u00e9ristiques des monts Fuji peints par Tamako Kataoka.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">L\u2019artiste<\/h3>\n\n\n\n<p>Tamako Kataoka est n\u00e9e \u00e0 Sapporo, la principale ville de l\u2019\u00eele Hokkaid\u014d, en 1905. A\u00een\u00e9e de huit enfants, elle se destine d\u2019abord \u00e0 la m\u00e9decine mais change d\u2019avis et s\u2019inscrit dans l\u2019\u00e9cole des arts pour jeunes filles de Tokyo, dont elle sort dipl\u00f4m\u00e9e en 1926. Elle accepte alors un poste d\u2019institutrice dans une \u00e9cole primaire de Yokohama, o\u00f9 elle restera trente ans, menant une carri\u00e8re d\u2019enseignante en parall\u00e8le \u00e0 sa carri\u00e8re artistique[4]. Cette double activit\u00e9 la contraint \u00e0 un rythme effr\u00e9n\u00e9 : elle se l\u00e8ve \u00e0 l\u2019aube pour peindre avant de partir \u00e0 l\u2019\u00e9cole \u00e0 7 h 40, et reprend le pinceau en rentrant \u00e0 21 h, apr\u00e8s avoir donn\u00e9 des cours de soutien\u2026 Mais Kataoka ne voit pas son m\u00e9tier d\u2019enseignante comme un frein ; elle consid\u00e8re au contraire qu\u2019il l\u2019aide dans son travail de portraitiste : \u00ab&nbsp;L\u2019\u00e9ducation consiste \u00e0 regarder les gens, comme la peinture \u00bb. Elle rencontre le peintre <em>nihonga<\/em> Kiyoshi Nakajima, qui l\u2019encourage \u00e0 soumettre des travaux aux expositions biennales organis\u00e9es par l\u2019Institut des Arts du Japon. Elle conna\u00eet quelques succ\u00e8s, avec des \u0153uvres s\u00e9lectionn\u00e9es en 1930 et 1933, avant d\u2019essuyer une longue s\u00e9rie d\u2019\u00e9checs. Tamako Kataoka suit alors l\u2019enseignement du c\u00e9l\u00e8bre peintre <em>nihonga<\/em> Yukihiko Yasuda, qui devient son mentor. Elle change de statut dans les ann\u00e9es 1940, avec plusieurs \u0153uvres s\u00e9lectionn\u00e9es \u2013 et prim\u00e9es \u2013 par l\u2019Institut, dont elle devient membre \u00e9minent (<em>d\u014djin<\/em>) en 1952. En 1955, ses deux carri\u00e8res se rejoignent enfin : elle quitte son poste d\u2019institutrice pour retourner \u00e0 l\u2019\u00e9cole des arts pour jeunes filles de Tokyo, cette fois en tant que professeur de <em>nihonga<\/em>. En 1966, elle devient responsable du d\u00e9partement de peinture japonaise \u00e0 l\u2019universit\u00e9 des arts d\u2019Aichi. C\u2019est \u00e0 cette p\u00e9riode qu\u2019elle commence \u00e0 peindre le mont Fuji (voir ci-dessous). C\u2019est aussi dans les ann\u00e9es 1960 qu\u2019elle r\u00e9alise sa s\u00e9rie la plus connue, baptis\u00e9e <em>Tsuragamae<\/em> et constitu\u00e9e de portraits de figures historiques japonaises. Elle continue de peindre et d\u2019enseigner pendant les d\u00e9cennies suivantes, au cours desquelles elle obtient les plus grandes distinctions que le Japon d\u00e9cerne \u00e0 ses artistes. Tamako Kataoka meurt en 2008 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 103 ans.<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"729\" height=\"1024\" src=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Kataoka_portrait-729x1024.jpg\" alt=\"Photographie noir et blanc de Tamako Kataoka en train de dessiner.\" class=\"wp-image-1493\" srcset=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Kataoka_portrait-729x1024.jpg 729w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Kataoka_portrait-214x300.jpg 214w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Kataoka_portrait-600x843.jpg 600w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Kataoka_portrait.jpg 731w\" sizes=\"auto, (max-width: 729px) 100vw, 729px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em>Photographie de Tamako Kataoka en train de dessiner. DR.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<h3 class=\"wp-block-heading\">Le sujet<\/h3>\n\n\n\n<p>Le mont Fuji est sans aucun doute le plus c\u00e9l\u00e8bre des 121 volcans actifs japonais (chiffre du <a href=\"https:\/\/volcano.si.edu\/\">Global Volcanism Program<\/a>, qui recense les volcans ayant fait \u00e9ruption au cours de l\u2019Holoc\u00e8ne). C\u2019est le point culminant du pays (3&nbsp;776&nbsp;m), visible depuis sa capitale Tokyo. Sa silhouette conique parfaite, souvent coiff\u00e9e de neige, est un rep\u00e8re familier pour des millions de Japonais, qui le consid\u00e8rent comme une montagne sacr\u00e9e. Son apparente tranquillit\u00e9 contribue sans doute \u00e0 en faire un lieu pris\u00e9 des touristes, m\u00eame si cet aspect est trompeur : le volcan a connu de nombreuses \u00e9ruptions au cours des r\u00e9cents mill\u00e9naires. Mais la derni\u00e8re, en 1707\u20131708, est sans doute d\u00e9j\u00e0 trop ancienne pour demeurer dans les m\u00e9moires. En attendant qu\u2019il sorte de son sommeil, le mont Fuji appara\u00eet donc comme un large et paisible c\u00f4ne qui a inspir\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations d\u2019artistes. Les plus c\u00e9l\u00e8bres repr\u00e9sentations du volcan sont sans doute les <em>Trente-six vues<\/em> que lui consacra l\u2019artiste japonais Hokusai. Fait int\u00e9ressant : bien que les estampes de Hokusai aient \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9es en pleine p\u00e9riode d\u2019isolation du Japon, elles pr\u00e9sentent des perspectives, une technique pourtant d\u00e9velopp\u00e9e dans le seul art occidental \u00e0 l\u2019\u00e9poque. Cela montre que malgr\u00e9 le <em>sakoru<\/em>, l\u2019archipel n\u2019\u00e9tait pas totalement herm\u00e9tique \u00e0 l\u2019influence occidentale. Les N\u00e9erlandais \u00e9taient encore autoris\u00e9s \u00e0 faire du commerce dans la baie de Nagasaki ; Hokusai \u2013 et d\u2019autres artistes avant lui \u2013 a donc b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 de leur savoir.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2003Mais revenons \u00e0 notre volcan. Le mont Fuji appara\u00eet souvent d\u2019un bleu sombre, la couleur de sa roche basaltique. Dans la plupart des estampes de Hokusai, le volcan est d\u2019ailleurs repr\u00e9sent\u00e9 dans des teintes bleut\u00e9es \u2013 quand il n\u2019est pas recouvert d\u2019un blanc manteau hivernal. Mais dans <em>Vent frais par matin clair<\/em>, le volcan est figur\u00e9 en rouge (ci-dessous).<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image size-large\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" width=\"1024\" height=\"684\" src=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Red_Fuji_Hokusai-1024x684.jpg\" alt=\"Vent frais par matin clair, estampe de Katsushika Hokusai repr\u00e9sentant un Fuji rouge.\" class=\"wp-image-1492\" srcset=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Red_Fuji_Hokusai-1024x684.jpg 1024w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Red_Fuji_Hokusai-300x200.jpg 300w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Red_Fuji_Hokusai-768x513.jpg 768w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Red_Fuji_Hokusai-600x401.jpg 600w, https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/wp-content\/uploads\/2025\/02\/Red_Fuji_Hokusai.jpg 1181w\" sizes=\"auto, (max-width: 1024px) 100vw, 1024px\" \/><figcaption class=\"wp-element-caption\">Vent frais par matin clair<em>, estampe r\u00e9alis\u00e9e par Katsushika Hokusai vers 1830.<\/em><\/figcaption><\/figure>\n\n\n\n<p>Il ne s\u2019agit pas d\u2019une abstraction : cette vision rare se produit lorsque le sommet enneig\u00e9 de la montagne sacr\u00e9e est illumin\u00e9 par le soleil levant. Ce ph\u00e9nom\u00e8ne est consid\u00e9r\u00e9 comme un bon pr\u00e9sage par les Japonais et a fait l\u2019objet de nombreuses repr\u00e9sentations picturales. Outre Hokusai, citons les Fuji rouges de <a href=\"https:\/\/commons.wikimedia.org\/wiki\/File:Red_Fuji_by_Wada_Eisaku_(Fujiyama_Museum).jpg\">Wada Eisaku<\/a>, c\u00e9l\u00e8bre peintre de style <em>y\u014dga<\/em>, ou celui de Yuki Ogura, une autre peintre <em>nihonga<\/em> centenaire, surtout connue pour ses portraits. Quant \u00e0 notre Tamako Kataoka, elle s\u2019est empar\u00e9e du sujet sur le tard : ce n\u2019est que dans les ann\u00e9es 1960 qu\u2019elle s\u2019est int\u00e9ress\u00e9e aux volcans. Mais elle a ensuite repr\u00e9sent\u00e9 le mont Fuji \u00e0 de nombreuses reprises \u2013 clin d\u2019\u0153il \u00e0 Hokusai, elle expose \u00ab 36 vues du mont Fouji \u00bb \u00e0 Paris en 1972. Ses repr\u00e9sentations du volcan montrent un style tr\u00e8s caract\u00e9ristique, marqu\u00e9 par de multiples points blancs pour figurer la neige et des contours surlign\u00e9s \u00e0 la feuille d\u2019or. Comme beaucoup d\u2019artistes de <em>nihonga<\/em>, Kataoka reste fid\u00e8le aux techniques traditionnelles, mais int\u00e8gre dans son \u0153uvre une part des styles de son temps. L\u2019\u00e9poque est alors au pop art, ce qui se ressent dans les aplats de couleurs tr\u00e8s vives. Ses Fuji sont quelquefois bleus mais le plus souvent rouges. Kataoka a-t-elle eu la chance de voir l\u2019iconique volcan baign\u00e9 dans la lumi\u00e8re aurorale \u00e0 de nombreuses reprises ? Ou l\u2019a-t-elle repr\u00e9sent\u00e9 ainsi sur la base de photos, de souvenirs ? L\u2019histoire ne le dit pas. Mais si cette vision rougeoyante de la montagne sacr\u00e9e est de bon augure, sans doute l\u2019artiste en a-telle profit\u00e9 : elle peignait encore \u00e0 cent ans. <mark style=\"background-color:rgba(0, 0, 0, 0);color:#800000\" class=\"has-inline-color\">\u25a0<\/mark><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">Article issu de <a href=\"https:\/\/www.kipuka.fr\/site\/produit\/kipuka-5\/\" data-type=\"product\" data-id=\"1101\">k\u012bpuka #5<\/a>, texte diffus\u00e9 sous licence <a href=\"https:\/\/creativecommons.org\/licenses\/by-nc-nd\/4.0\/deed.fr\">CC BY-NC-ND<\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><strong>R\u00e9f\u00e9rences<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-small-font-size\">[1] Foxwell C, 2015. <em>Making Modern Japanese-Style Painting: Kano Hogai and the Search for Images<\/em>. University of Chicago Press<br><br>[2] Yamatane Museum of Art [consult\u00e9 le 7 mars 2024]. What Is Nihonga?<br><a href=\"http:\/\/www.yamatane-museum.jp\/english\/nihonga\/\">http:\/\/www.yamatane-museum.jp\/english\/nihonga\/<\/a><br><br>[3] Chen Y, 2012. <em>D\u00e9couvrir la peinture nihon-ga &#8211; Art traditionnel japonais<\/em>. \u00c9ditions Eyrolles<br><br>[4] Ikeda H, 2024. Archives of Women Artists, Research and Exhibitions [consult\u00e9 le 7 mars 2024]. Tamako Kataoka. <a href=\"https:\/\/awarewomenartists.com\/artiste\/tamako-kataoka\/\">https:\/\/awarewomenartists.com\/artiste\/tamako-kataoka\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre pench\u00e9e sur deux peintres am\u00e9ricains et un peintre anglais, cette rubrique d\u00e9laisse enfin le monde anglo-saxon pour d\u00e9couvrir des repr\u00e9sentations de paysages volcaniques produites par d\u2019autres cultures. 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